Textes de août 2008
16 août – Une journée au supermarché
Aujourd’hui nous passons la journée au magasin Intermarché de Saint-Vallier. Pourquoi ce supermarché ? parce qu’il se trouve pile en face de l’usine CERALEP, sur la N7, et que nous savons que des liens se sont tissés entre l’usine et le magasin (qui fournissait chaque jour un casse-croûte aux salariés de CERALEP à l’époque de sa mise en liquidation judiciaire). Plutôt qu’un dépôt-vente, comme nous le proposions, la directrice du magasin nous a offert de présenter nous-même à ses clients le premier numéro de notre magazine DVD.
On arrive donc à 10 h ce samedi matin 16 août : le parking est déjà presque plein et des files d’attente sont formées devant les 4 ou 5 caisses ouvertes. Nous installons en 2 temps 3 mouvements notre étal (une table de tapissier pliante) au milieu des meubles de jardin exposés à l’entrée du magasin mais il faudra plus d’une heure et l’essai de 2 télés pour que les films se déroulent sur l’écran, face aux caisses.
Un vieil homme, veste sport et petit chapeau, s’approche de la télé :« Ah ! seulement 349 euros ! » rigole-t-il en lisant l’étiquette. On engage la conversation, ses yeux se plissent de malice quand il s’écrie au beau milieu du supermarché : « Mais de quoi avons-nous besoin ? c’est pas beau d’être vivant, en bonne santé ? Mais c’est simple la vie ! il suffit de regarder un arbre, c’est beau un arbre et le vent, le vent dans un arbre c’est encore plus beau ! ». Il regarde attentivement les dessins de Frank mais jette seulement un coup d’œil au magazine :« Mais oui je connais CERALEP, j’y ai travaillé ! J’ai commencé tout en bas et puis j’ai pris des cours…» Il n’en dit pas plus, je ne saurais pas quel fut son parcours, mais quand je lui demande s’il est d’ici il répond fièrement « Je viens d’Espagne, de Barcelone » puis il me susurre comme en secret quelques mots en catalan et son prénom, Josep.
Pas de déjeuner pour une caissière qui profite d’une pause pour faire ses courses…à la course, elle avale à toute vitesse un croissant tout en mettant ses achats dans un sac. L’après-midi arrive l’homme de la sécurité, pantalon noir et chemise blanche, aussi affable que musclé. Je devine à son accent qu’il est du sud, gagné ! Il habite Marseille, ce matin il était à Romans, il se déplace ainsi dans les différents magasins Intermarché entre Marseille et Lyon. Il ne prononcera pas le terme de sécurité quand je lui demande sa fonction dans le magasin, il est responsable adjoint d’exploitation.
Un couple s’arrête, attiré par le magazine déplié. Ils connaissent bien l’histoire de CERALEP et son directeur Robert Nicaise. « Mais ça devrait intéresser les retraités, on va en parler à notre amie Renée, elle est responsable de l’association des anciens de CERALEP ». Ils nous parlent aussi de Michel Carlat, décédé récemment, un historien qui a publié des ouvrages sur l’habitat rural en Ardèche : « C’était notre ami, il aurait pu vous en raconter des choses…mais peut-être pourriez-vous rencontrer sa femme ? ». Ils achètent le magazine, ils seront nos uniques clients de la journée.
Mais on ne s’ennuie pas, c’est du spectacle que d’être une journée entière face aux caisses d’un supermarché. Nous voyons une très belle jeune fille orientale, le visage encadré d’un foulard blanc, les yeux bleus cernés de khol, à la tunique très très moulante. Elle fera deux fois ses courses, passant aux caisses tenues par les deux seuls jeunes garçons du magasin. Nous voyons des adolescents tristes traînant les pieds derrière leurs parents, un seul semble animé, un jeune obèse tenant dans ses mains une bonbonne en plastique pleine de pop-corn. Nous voyons deux amoureux qui s’embrassent au bout du tapis roulant. Nous voyons une petite fille de 8/9 ans qui vomit sitôt sortie du supermarché ; nous l’avions déjà remarquée car durant tout l’après-midi elle est entrée et sortie du magasin en suivant sa grand-mère à l’air affairé. Elles finissent par passer à la caisse, enfin détendues en mettant leurs courses dans des sacs. Nous voyons les jeux des enfants qui s’ennuient pendant que les parents déchargent et chargent le chariot :faire avancer un petit morceau de carton en le tenant coincé sous sa chaussure, mettre sa main derrière la vitre déformante qui borde le tapis roulant, tourner sur soi-même en se tenant debout sur un pied…
Mais force est de constater que l’intérêt n’est pas réciproque comme si l’acte d’achat en supermarché gelait la curiosité : les regards se détournent après avoir perçu notre présence inhabituelle et les visages se figent dans l’ennui, bien au-delà de l’écran où dansent les cygnes sur le Rhône.
Paru dans Le réveil du vivarais le 15 août 2008
Frank Miyet et Pascale Puéchavy plongent dans le Milieu du Rhône
Découverte
Pascale Puéchavy, passionnée d’écriture et Frank Miyet, dessinateur, ont lancé au début de l’été un magazine d’exploration de la vallée du Rhône.
La vallée du Rhône est un des axes les plus fréquentés de France et d’Europe. Mais la connaît-on vraiment ? Une interrogation que Pascale Puéchavy et Frank Miyet ont décidé de creuser durant plusieurs mois.
« Nous vivons dans la vallée du Rhône et nous avons observé que celle-ci avait fortement changé du fait du brassage de population venu des quatre coins de la France, explique Pascale Puéchavy, l’une des forces motrices du projet. Y-a-t-il une identité propre à la vallée du Rhône ? Qu’est-ce qui unit ou sépare les riverains qui se situent du côté de la Drôme, de l’Isère, de l’Ardèche ou de la Loire ? Longtemps, les habitants ont tourné le dos au Rhône et aujourd’hui on assiste à un regain d’intérêt pour le fleuve. Pourquoi ? »
Un voyage initiatique
Une curiosité insatiable partagée par Fank Miyet, son compagnon, qui apporte sa patte artistique au projet. « On ne connaît pas forcément l’histoire de ces terroirs qui bordent le Rhône, y compris nous-mêmes, souligne le dessinateur. C’est pour cela que nous avons décidé d’explorer cette portion du territoire ».
Dans ce premier numéro, les deux passionnés invitent le lecteur à les suivre dans leurs pérégrinations au fil du Rhône.
Un voyage « initiatique » qui permet de mettre en exergue un milieu (le Rhône et sa vallée), ainsi que les hommes qui l’habitent et le font vivre.
« On souhaitait voir comment ces hommes et ces femmes sont liés au territoire de par leur activité », précise Pascale.
Un vigneron pas comme les autres
C’est ainsi qu’ils ont découvert Laurent Marthouret, vigneron à Charnas, une des communes situées sur le terroir du saint-joseph. Ils racontent l’attachement de ce petit producteur à cette terre, sa vigne et son goût pour l’amitié.
L‘ouvrier devenu patron de PME
A quelques encablures de là, à Saint-Vallier, c’est un autre personnage que rencontrent les deux reporters.
Robert Nicaise est directeur de la Céralep, la seule entreprise en France à fabriquer des isolateurs électriques en céramique de haute technologie.
L’homme raconte comment lui, le simple ouvrier est devenu directeur d’une entreprise coopérative pour sauver les emplois et le savoir-faire de cette entreprise posée sur les berges du Rhône.
Et bien d’autres belles rencontres sont au programme de ce premier numéro. A noter que ce magazine est composé d’un DVD d’une durée totale de 85 mn et d’un livret de 40 pages en noir et blanc.
GWENAËL POCARD






